J’étais à la caserne avec Y., une collègue, en train de faire du ménage, quand un homme arrive en courant et nous dit “Venez vite, un ami a eu un malaise !”. On part en courant, elle en uniforme, moi en civil. On fait 100 mètres, et on arrive à la maison. J’entre le premier, un homme d’une soixantaine d’années est allongé par terre sur le dos, inerte.
Je lui attrape les deux mains et je crie “Monsieur, monsieur, est ce que vous m’entendez ? Serrez moi les mains ! Ouvrez les yeux ! Monsieur !!” Pas de réponse, l’homme est inconscient. Je défais sa ceinture et laisse Y. poursuivre en ouvrant son bouton et sa braguette pour desserrer sa ceinture. Je vérifie son col de chemise, qui est déjà entrouverte. Il respire. Pendant que Y. le met en PLS (Position Latérale de Sécurité), j’appelle le 112. J’explique que je suis pompier et je demande le déclenchement de nos bips. Un médecin qui passait par là se présente.
Je suggère à Y. de la laisser avec le médecin et de repartir à la caserne pour sortir le véhicule et gagner du temps, et pour prévenir le chef de ne pas attendre Y. et moi, qui sommes de garde ce jour là. Etre avec eux permettra aussi de trouver plus vite la maison, puisque je sais où c’est et que sur l’île, où il n’y a pas de rues ni de numéros, ce n’est pas toujours facile de trouver une maison. Je repars en courant. J’ai fait à peine 50 mètres que mon bip se déclenche.
Arrivé à la caserne, je me mets en uniforme, sors l’ambulance, et attend les deux autres que je presse un peu en expliquant que Y. est sur place (je ne veux pas la laisser trop longtemps seule). On repart, et on arrive sur place à peine 5 minutes après mon départ. J’entre dans la pièce, et vois ce que ce je m’attendais pas du tout à découvrir. Y. est en train de pratiquer un massage cardiaque sur la victime.
Sur l’instruction du chef, je mets en place le défibrillateur, qui fait son analyse et veut choquer. Je demande aux autres de s’écarte, et quand le bouton du DSA s’allume, je crie “Attention, je choque” et, en vérifiant que personne ne touche la victime, j’appuie sur le bouton. Le corps a un soubresaut, les deux bras se soulèvent et retombent. Et on reprend le massage. On se relaie, au massage cardiaque et à l’insufflation, pendant plus d’une heure. Un médecin et une infirmière du SAMU nous ont rejoint en hélico. Et la phrase fatidique finit par tomber. C’est fini. La victime est déclarée décédée. C’est mon premier Delta Charlie Delta, comme on dit.
En cas de malaise cardiaque, un massage précoce réalisé par des témoins augmenter sensiblement les chances de survie de la victime. Si ce n’est pas encore fait, formez-vous aux premiers secours ! Pour en savoir plus, voir cette page sur le site de la Croix Rouge, et faire une recherche pour trouver une formation près de chez vous.