Une page de l’histoire aéronautique
Mardi 26 avril, aérodrome de Muret. Le moteur ronfle avec un bruit délicieux. Alors que nous roulons sur le taxiway vers le point d’arrêt 12, sur le parking voisin, plusieurs élèves nous regardent passer avec intérêt.
Il est vrai que le Bücker dans lequel Jan m’emmène en balade une fois de plus n’a pas grand chose à voir avec leurs avions école.
Nous voilà alignés. Jan met les gaz, et en quelques centaines de mètres, nous sommes en l’air. Pendant ce décollage, je pense à celui qui, si tout va bien, aura lieu sous mes yeux demain, à Blagnac.
Et alors que le Jungmann met le cap sur les Pyrénées enneigées qui nous tendent les bras, la tête légèrement penchée sur le côté pour profiter du vent relatif dans les cheveux, je pense au chemin parcouru entre le biplace école des années 30 dans lequel j’ai le privilège de voler et l’énorme A380. 70 ans séparent les premiers vols de ces deux avions, à peu près les deux tiers de l’âge des plus lourds que l’air.
Mercredi 27 avril. Appareil photo, caméra, pied, radio pour écouter la tour, bouquin aéro pour patienter, lunettes de soleil. Tout est dans le sac.
Pour rejoindre Blagnac, je décide de passer par la rocade sud, parce que, pour la rejoindre dans ce sens, je passe par Montaudran.
J’arrête ma voiture sur l’ancienne piste, au bord de la route, le long des blocs de pierre déposés là après la fermeture du terrain, le 31 décembre 2003. Je grimpe sur un des rocs pour mieux voir, et je me tourne vers Toulouse. Devant moi, quelques centaines de mètres de piste en dur, vierges. Au fond à droite, des gravats, tout ce qui reste des anciens hangars Air France. Plus près de moi, toujours à droite de la piste, les bâtiments historiques abritant notamment ce qui fut le bureau de Didier Daurat, le patron des pilotes des Mermoz, Saint Ex, Guillaumet, et des centaines d’autres pilotes de l’Aéropostale des années 20 et 30. Tout est bien fermé.
180 degrés, et me voilà face à l’autre côté de la piste, constellé de blocs de pierre. Je contemple quelques instants ces mille et quelques mètres de piste en dur, qui recouvrent la piste en herbe de laquelle ont décollé tant de fois, par tous les temps, les pilotes de l’Aéropostale.
Je pense à la dernière fois que des avions ont décollé de cette piste en direction de Saint-Louis du Sénégal, pour le rallye 2003. Ce jour là, j’étais là, venu encourager les concurrents. Je pense à mon voyage vers Saint-Louis avec Cédric, l’an dernier.
Que de chemin parcouru entre les Breguet XIV des pionniers qui décollaient de cette piste vers l’Afrique, et le gros porteur qui, d’ici une heure, va décoller de la piste Concorde à Blagnac, à quelques kilomètres de là.
Je reprends la voiture. Quelques minutes plus tard, la voiture est garée, et me voilà, avec quelques milliers d’autres spectateurs, dans l’herbe, au bord de la piste, à peu près en face de l’usine Clément Ader et de la tribune officielle.
Et l’attente commence. Assis dans l’herbe, j’écoute la tour de contrôle.
- AF XXXX, autorisé à l’atterrrisage, piste 32 droite.
- Autorisé atterrissage, AF XXXX. Il y a l’air d’y avoir du monde derrière vous ?
- ??? Heu, non, il y a juste un peu plus d’éffervescence que d’habitude…
- XXXX, clear to take off runway 32 right.
- Clear to take off, XXXX. And goof luck with the big one !!
- Thank you very much !
A côté de moi, deux petits garçons se chamaillent en attendant. L’un deux lance à sa mère. Bon, il décolle, le 80 ?
“380″, corrige la mère, avant de se tourner vers son grand fils (très miam soit dit en passant) : “Il parait qu’il y a une salle de sport dedans ! Je me demande si il va y avoir quelques privilégiés à bord !!”
Deux hélicos tournent dans le ciel de Blagnac en attendant le décollage. Il est 10h25. Tout à coup, je vois décoller la Corvette (un petit avion d’affaires utilisé par Auirbus pour transporter ses cadres d’une usine à l’autre). C’est le signal, le 380 va prendre l’air à son tour, et la Corvette va filmer le décollage.
La Corvette amorce rapidement un virage vers la gauche pour se placer en vent arrière. Je la suis des yeux alors qu’elle vire à nouveau, puis se remet dans l’axe de la piste. Je déclenche la caméra.
La radio crachotte : “3, 2, 1, TOP !”
Malgré les cris des enfants à côté, on distingue vaguement le bruit sourd de la montée en puissance des quatre réacteurs.
Les spectateurs massés le long du grillage crient : “Il est parti, il est parti”
Je suis des yeux la Corvette, qui remonte la piste à basse altitude, et indique la position approximative du 380.
La dérive apparaît au dessus des têtes des spectateurs placés le long des grillages. Immense clameur et applaudissements nourris au moment de la rotation.
L’énorme oiseau monte doucement dans l’axé, escorté par la Corvette. Sur la fréquence, une voix annonce “Aucun problème ! Parfait ! On réduit un petit peu, là…”
Un des petits garçons se tourne vers sa mère : “Voilà, c’est fini, on s’en va !”
Une nouvelle page de l’histoire de l’aéronautique vient de se dérouler sous nos yeux, en cette journée ensoleillée, dans le ciel bleu toulousain…
Voir ma vidéo du décollage.

xiii.net


















Super. Bravo. Merci !
Comment by Christian — 27/04/2005 @ 12:59:00
j’etais au meme endrois et j’ai a peu pres la meme video! mais je suis pas sur la tienne, j’etais collée au grillage. superbe moment.
Comment by emiliecandy — 27/04/2005 @ 23:43:01
N’ayant pas trouvé les trackbacks sur ton blog, j’utilise cette ligne de commentaire pour t’informer que j’ai fais un post renvoyant sur ton texte. C’est plein d’émotion et j’avais l’impression d’y être. Merci XIII !
http://www.nainsportentnawak.net/index.php/2005/04/28/183-un-a380-tout-en-emotion
Comment by Zep — 28/04/2005 @ 09:13:53
Bon j’ai bien fait de ne pas y aller, XIII raconte ça si bien, c’est mieux que d’y être allé
Comment by Lithium — 28/04/2005 @ 09:16:34
Zep > Ho merci mon ptit loup !
Lithium > C’est gentil ça !
Comment by XIII — 28/04/2005 @ 10:54:46
Lithium a raison, comme si on y était. Merci pour la video!
Comment by intimate — 28/04/2005 @ 14:16:28
merci du reportage. C’est mieux qu’ a la télé…
De strasbourg, c’est un peu loin…
Comment by Hub — 28/04/2005 @ 15:23:09
merci pour le reportage !!!
Comment by ug — 30/04/2005 @ 18:10:38
Clément était un pionnier de l’aviation, auquel la France n’a pourtant jamais rendu hommage en lui dédiant le nom d’un aérodrome. Pourtant, ça sonnerait bien, aérodrome Ader!
(Marc Escayrol)
Comment by Jipé — 01/01/2006 @ 19:19:33
Jipé > Pendant très longtemps, les aérodromes et aéroports ont été baptisés de noms de villes et non de noms de personnalités. Ceux qui ont été rebaptisés sont encore très rares, et encore plus rares sont ceux qui portent un nom de personnalités (A part CDG et Saint-Exupéry, de tête, je vois pas trop…)
Comment by XIII — 01/01/2006 @ 19:42:17
Cool sites.
Comment by WAD — 21/02/2006 @ 03:56:26