25/11/2005

Pierre Seel est mort

Filed under: General — XIII @ 14:45:19

j’apprends à l’instant, par le newsletter de Têtu, le décès de Pierre Seel. Et ça me fait quelque chose.

Pierre Seel était le seul déporté français en raison de son homosexualité à avoir témoigné publiquement à ce sujet. Il est l’auteur du livre “Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel”.

C’est en bonne partie grâce à lui, et à des gens comme Jean le Bitoux et le Mémorial de la déportation homosexuelle, que la France a enfin reconnu, après un demi-siècle, cette déportation. Lionel Jospin, alors premier ministre, en 2001, puis Jacques Chirac cette année.

Je n’oublierai jamais le témoignage de Pierre Seel que j’avais entendu lors d’une édition du festival du film gvay et lesbien de Paris, avant la projection du film “Paragraphe 175″. Il était en face de nous, et avait raconté les conditions de son arrestation et l’horreur du camp de concentration.

Il avait 17 ans, il draguait dans un lieu gay, il s’y était fait voler sa montre. Il avait commis l’erreur tragique d’aller porter plainte au commissariat, où les policiers avaient voulu connaître le lieu du vol, en avait conclu que Pierre Seel était homosexuel, et l’avaient noté dans un fichier, qui devait, plus tard, l’envoyer en déportation en raison de son orientation sexuelle.

Voici quelques extraits d’un de ces témoignages, tiré du site des Flamands roses :

Pierre Seel évoque les terribles tortures par les nazis, pendant 13 jours et 13 nuits, après son arrestation, début mai 1941 :

"Au début, nous parvînmes à résister à la souffrance. Mais après, ce ne fut plus possible. L’engrenage de violence s’accéléra. Excédés, par notre résistance, les SS commencèrent à arracher les ongles de certains d’entre nous. De rage, ils brisèrent les règles sur lesquelles nous étions agenouillés et s’en servirent pour nous violer. Nos intestins furent perforés. Le sang giclait de partout. J’ai encore dans les oreilles nos cris d’atroce douleur."

Le 13 mai 1941, il est déporté au camp de Schirmeck :

"Aucune des horreurs de Schirmeck ne me fut épargnée. Je devins rapidement un pantin désarticulé sous les hurlements des SS, attaché à exécuter toutes sortes d’ordres et de tâches épuisantes, dangereuses ou simplement ineptes."

Un jour, il voient les gardiens du camp se saisir de Jo, 18 ans, son premier amour :

"Ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer-blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d’abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d’horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu’il perde très vite connaissance. Depuis, il m’arrive encore souvent de me réveiller la nuit en hurlant. Depuis plus de 50 ans, cette scène repasse inlassablement devant mes yeux. Je n’oublierai jamais cet assassinat barbare de mon amour. Sous mes yeux, sous nos yeux. Car nous fûmes des centaines à être témoins."

Une scène atroce qui n’est pas sans rappeler celle montrée dans le film sur la déportation homosexuelle, diffusé récemment sur France 2, “Un amour à taire”.

Le meurtre sauvage de son ami ne repassera plus devant les yeux de Pierre Seel, qui a enfin trouvé la paix et va maintenant retrouver Jo…

8 Comments »

  1. Cette histoire est épouvantable.

    Comment by Xarro — 26/11/2005 @ 05:26:29

  2. je suis très touché par la mort de cet homme. J’ai eu le bonheur - malheur - d’entendre son témoignage à l’emission là-bas si j’y suis de Daniel Mermet sur France Inter il y a quelques années… Je pleurais à chaude larme dans ma voiture en l’écoutant et c’est un vibrant souvenir de l’horreur, de l’avilissement qui résonne encore dans mes oreilles… Je ne peux encore retenir mes larmes… J’admirerai toujours le courage de cet homme… Merci.

    Comment by joelle — 26/11/2005 @ 11:54:17

  3. je ne connaissais pas son nom, mais je n’ai pas oublié son visage et son témoignage.
    j’espère qu’il est en paix.

    Comment by hub — 26/11/2005 @ 17:38:09

  4. super post…

    Comment by âne — 26/11/2005 @ 19:41:52

  5. La depeche du midi se samedi a signalé sa disparition ds un article court mais complet je crois que lors de son passage à l’émission de Mermet il avait été interwievé par ce journal.Il vivait à Toulouse

    Comment by alain — 27/11/2005 @ 18:00:27

  6. ce qu’il y a d’hallucinant dans cette histoire, c’est que c’est seulement aujourd’hui le 27 que quelque chose a été publié sur Yahoo via l’AFP.
    Il semblerait que certaines informations soient plus égales que d’autres pour paraphraser Orwell

    Comment by fredouille — 27/11/2005 @ 20:54:41

  7. Je trouve assez sympa et mignon de dire “oh ben maintenant, il a rejoint Jo”. Ca fait cool, on se dit que finalement il est mieux mort que vivant (il est avec Jo et n’aura plus de cauchemar). Et si il n’avait pas été rejoindre Jo parce qu’il n’y a aucun endroit où les morts se rejoignent ? Et si les cauchemar de Pierre Seel n’avaient servi à rien, qu’à le torturer ? Et si Pierre Seel n’était pas mieux là où il est ? Et si on changeait de sujet en se demandant pourquoi aucun journal “hors-milieu” n’en parle ? http://news.google.fr/news?hl=fr&ned=fr&q=%22pierre+seel%22&btnG=Recherche+Actualit%C3%A9s

    Comment by matthieu — 27/11/2005 @ 22:15:52

  8. Putain quelle horreur

    Comment by Paumé — 28/11/2005 @ 09:29:51

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