Je ne suis ni un expert de la chose militaire, ni un militariste, mais je ne peux pas m’empêcher de m’interroger sur la façon dont Nicolas Sarkozy réagit à la mort de dix soldats français en Afghanistan.
- Devait-il se rendre sur place ? Sur son excellent blog “Secret Défense”, Jean-Dominique Merchet, journaliste de Libération spécialiste des questions de Défense, écrit :
“La visite très médiatisée du président de la République en Afghanistan ne risque-t-elle pas d’être contre-productive au regard de la capacité de résilience de notre pays, c’est-à-dire de sa capacité à encaisser des coups ?
En clair, si neuf morts et dix-huit blessés dans une embuscade (hors accident du VAB) justifient que le dirigeant d’un Etat membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies se précipite, toute affaire cessante, en Afghanistan pour remonter le moral des troupes, quelles leçons vont en tirer nos ennemis sur le terrain ? S’ils sont rationnels, les talibans ont compris depuis hier que les Français représentaient une cible de choix, eu égard à la résonnance politique et médiatique que leur mort suscite. Nous n’avons pas souvenir que le Premier ministre britannique - un pays qui sait ce que le mot résilience veut dire - se soit rendu tout exprès en Afghanistan, alors que 116 soldats y ont déjà trouvé la mort.”
En Afghanistan, j’ai été surpris, voire choqué, par ce que je considère comme des maladresses ou des gaffes du président.
- Nicolas Sarkozy a dit : “La meilleure façon d’être fidèles à vos camarades c’est de continuer le travail, c’est de relever la tête, c’est d’agir en professionnels.” Sur le fond, il n’a pas tort, mais d’une part, dire à des soldats de “relever la tête” et “d’agir en professionnels”, c’est un peu sous-entendre qu’ils n’y auraient pas pensé aux-même… Par ailleurs, la formule “agir en professionnels” est très maladroite, puisqu’elle fait malencontreusement penser au mot “amateurs” prononcé par Nicolas Sarkozy après le drame de Carcassonne, un mot qui avait fait grincer beaucoup de dents dans l’armée…
-”Je vous dis en conscience que si c’était à refaire, je le referais” a poursuivi le président. Là encore, sur le fond, ça se défend quand on est persuadé de la nécessité de la présence de troupes françaises dans le pays. Mais balancer ça à de jeunes soldats, dont c’est pour beaucoup la première opération extérieure, moins de 48 heures après la mort de dix de leurs camarades, c’est franchement déplacé…
- “Je vous dis en conscience que si c’était à refaire, je le referais. Pas la patrouille… et l’enchaînement des événements, mais le choix qui m’a amené à confirmer le choix de mes prédécesseurs d’envoyer l’armée française ici” a poursuivi Sarkozy. Le “pas la patrouille”, est extrêmement maladroit, d’autant plus que, comme on l’a vu sur les images télé, juste après le mot “patrouille”, Nicolas Sarkozy a eu un début de rire crispé, genre je rigole à mes propres blagues pas drôle, en faisant le guignol comme il en a trop souvent l’habitude pendant ses discours. Inutile de dire que c’est extrêmement déplacé dans ces circonstances…
Enfin, pour terminer, cette image, qui m’a un peu choqué…

Le jeune soldat ne peut retenir son émotion en repensant à la mort de 10 camarades, et le président de la République est planté en face de lui… les mains dans les poches… Dans la posture du parfait glandeur. On peut penser ce qu’on veut de Jacques Chirac, mais lui, comme ses prédécesseurs, savait se comporter dans ce genre de situation.
Après sa réaction au drame de Carcassonne, les cafouillages lors d’une prise d’armes en mai aux Invalides, l’invitation du président syrien au défilé du 14 juillet, Nicolas Sarkozy n’en finit pas de gaffer vis à vis des militaires…