20/08/2008

Les gaffes de Sarkozy en Afghanistan

Filed under: General — XIII @ 21:27:27

Je ne suis ni un expert de la chose militaire, ni un militariste, mais je ne peux pas m’empêcher de m’interroger sur la façon dont Nicolas Sarkozy réagit à la mort de dix soldats français en Afghanistan.

- Devait-il se rendre sur place ? Sur son excellent blog “Secret Défense”, Jean-Dominique Merchet, journaliste de Libération spécialiste des questions de Défense, écrit :

La visite très médiatisée du président de la République en Afghanistan ne risque-t-elle pas d’être contre-productive au regard de la capacité de résilience de notre pays, c’est-à-dire de sa capacité à encaisser des coups ?

En clair, si neuf morts et dix-huit blessés dans une embuscade (hors accident du VAB) justifient que le dirigeant d’un Etat membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies se précipite, toute affaire cessante, en Afghanistan pour remonter le moral des troupes, quelles leçons vont en tirer nos ennemis sur le terrain ? S’ils sont rationnels, les talibans ont compris depuis hier que les Français représentaient une cible de choix, eu égard à la résonnance politique et médiatique que leur mort suscite. Nous n’avons pas souvenir que le Premier ministre britannique - un pays qui sait ce que le mot résilience veut dire - se soit rendu tout exprès en Afghanistan, alors que 116 soldats y ont déjà trouvé la mort.

En Afghanistan, j’ai été surpris, voire choqué, par ce que je considère comme des maladresses ou des gaffes du président.

- Nicolas Sarkozy a dit : “La meilleure façon d’être fidèles à vos camarades c’est de continuer le travail, c’est de relever la tête, c’est d’agir en professionnels.” Sur le fond, il n’a pas tort, mais d’une part, dire à des soldats de “relever la tête” et “d’agir en professionnels”, c’est un peu sous-entendre qu’ils n’y auraient pas pensé aux-même… Par ailleurs, la formule “agir en professionnels” est très maladroite, puisqu’elle fait malencontreusement penser au mot “amateurs” prononcé par Nicolas Sarkozy après le drame de Carcassonne, un mot qui avait fait grincer beaucoup de dents dans l’armée…

-”Je vous dis en conscience que si c’était à refaire, je le referais” a poursuivi le président. Là encore, sur le fond, ça se défend quand on est persuadé de la nécessité de la présence de troupes françaises dans le pays. Mais balancer ça à de jeunes soldats, dont c’est pour beaucoup la première opération extérieure, moins de 48 heures après la mort de dix de leurs camarades, c’est franchement déplacé…

- “Je vous dis en conscience que si c’était à refaire, je le referais. Pas la patrouille… et l’enchaînement des événements, mais le choix qui m’a amené à confirmer le choix de mes prédécesseurs d’envoyer l’armée française ici” a poursuivi Sarkozy. Le “pas la patrouille”, est extrêmement maladroit, d’autant plus que, comme on l’a vu sur les images télé, juste après le mot “patrouille”, Nicolas Sarkozy a eu un début de rire crispé, genre je rigole à mes propres blagues pas drôle, en faisant le guignol comme il en a trop souvent l’habitude pendant ses discours. Inutile de dire que c’est extrêmement déplacé dans ces circonstances…

Enfin, pour terminer, cette image, qui m’a un peu choqué…

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Le jeune soldat ne peut retenir son émotion en repensant à la mort de 10 camarades, et le président de la République est planté en face de lui… les mains dans les poches… Dans la posture du parfait glandeur. On peut penser ce qu’on veut de Jacques Chirac, mais lui, comme ses prédécesseurs, savait se comporter dans ce genre de situation.

Après sa réaction au drame de Carcassonne, les cafouillages lors d’une prise d’armes en mai aux Invalides, l’invitation du président syrien au défilé du 14 juillet, Nicolas Sarkozy n’en finit pas de gaffer vis à vis des militaires…

10 Comments »

  1. Bien vu.

    Comment by Laurent — 20/08/2008 @ 21:55:00

  2. Excellent post.

    Comment by Ced — 21/08/2008 @ 00:04:55

  3. tres bel article

    Comment by fiuuu — 21/08/2008 @ 06:57:33

  4. Lorsque que je l’ai vu hier soir se mordre les joues pour ne pas rire de sa connerie, j’ai aussi été consterné… et de me dire que ça ne serait pas plus mal qu’il tombe lui même dans une embuscade et passe l’arme à gauche… ça limiterait les dégâts futurs…

    Comment by fab — 21/08/2008 @ 10:59:41

  5. Serait-il possible d’avoir un lien vers une vidéo ou une photo de cette “mine crispée façon rire retenu” ?

    Autrement, pas mieux que fab : ce genre d’attitude est tout bonnement consternant. Bon, je n’irai pas jusqu’à penser qu’il passe lui même “l’arme à gauche” comme tu dis, mais tout de même…
    Et de même, photo de ce billet consternante. Les mains dans les poches dans ces circonstances, il a été éduqué où, Sarko ? O_o Et demander à des militaires d’agir en professionnels, c’est tout simplement déplacé !

    Comment by Antoine — 21/08/2008 @ 19:35:36

  6. Pour Antoine: la video est visible ici:
    http://www.lepost.fr/article/2008/08/22/1248674_afghanistan-le-rire-deplace-de-nicolas-sarkozy-face-aux-militaires-en-deuil.html

    Je me joins aux autres commentaires pour saluer la très grande clairvoyance de cet article.
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    Comment by emmanuel — 23/08/2008 @ 15:50:02

  7. je partage cet avis…
    Au sujet de la photo, à l’armée on m’a appris (à l’époque…) “mains dans les fouilles, pied dans les c…….”.
    Je reconnais quand même un mérite à sarko : il a réussi à me faire apprécier Chirac.

    Comment by pilhours — 25/08/2008 @ 09:58:13

  8. En fait sur la photo je crois qu’il est face au militaire du milieu (que l’on voit presque pas) et non face à celui qui pleure.
    Encore une fois c’est une photo à un instant T et ce léger sourire est peut être une mimique due au mouvement des lèvres lors de la parole.

    Comment by Juju — 30/08/2008 @ 10:06:29

  9. Je rejoins Juju. Méfiance avec les photos. J’ignore s’il y a un film de la scène auquel cas on saurait si le soldat pleure vraiment ou s’il s’essuie simplement les yeux. Sarko ou pas, la sur-interprétation de photos peut être un vilain défaut…

    Comment by laurent — 30/08/2008 @ 16:11:16

  10. Juju et Laurent > Savoir s’il est en face d’un ou de l’autre militaire, s’il sourit ou fait une grimace à cause de la luminosité, ou encore si le soldat pleure ou s’essuie simplement les yeux n’est pas le problème essentiel. Le principal, c’est qu’un président de la république, chef des armées, qui va sur le terrain voir des soldats dont 1à camarades sont morts au combat moins de 48 heures avant pourrait (et devrait) avoir une autre posture que les mains dans les poches…

    Comment by XIII — 30/08/2008 @ 16:22:56

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