“L’Abolition”. Il était très bien, ce téléfilm en deux parties diffusé sur France 2 mardi dernier et ce soir.
“Pas plus sur cette question que sur les autres je ne cacherai ma pensée. Et je n’ai pas du tout l’intention de mener ce combat à la face du pays en faisant semblant d’être ce que je ne suis pas. Dans ma conscience profonde, qui rejoint celle des églises, l’église catholique, les églises réformées, la religion juive, la totalité des grandes associations humanitaires, internationales et nationales, dans ma conscience, dans le for de ma conscience, je suis contre la peine de mort. Et je n’ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire, une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République et je demande une majorité de suffrages aux Français et je ne la demande pas dans le secret de ma pensée. Je dis ce que je pense, ce à quoi j’adhère, ce à quoi je crois, ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles, ma croyance, mon souci de la civilisation, je ne suis pas favorable à la peine de mort.”
François Mitterrand, à l’émission “Cartes sur table” sur Antenne 2, le 16 mars 1981.
Les reconstitutions des plaidoiries de Badinter étaient impressionnantes, malheureusement, il s’agit d’une ré-écriture, puisque Robert Badinter ne préparait pas ses plaidoiries et n’a donc aucune note.
“La France est grande, non seulement par sa puissance, mais au-delà de sa puissance, par
l’éclat des idées, des causes, de la générosité qui l’ont emporté aux moments privilégiés de
son histoire.
La France est grande parce qu’elle a été la première en Europe à abolir la torture malgré les
esprits précautionneux qui, dans le pays, s’exclamaient à l’époque que, sans la torture, la
justice française serait désarmée, que, sans la torture, les bons sujets seraient livrés aux
scélérats.
La France a été parmi les premiers pays du monde à abolir l’esclavage, ce crime qui
déshonore encore l’humanité.
Il se trouve que la France aura été, en dépit de tant d’efforts courageux, l’un des derniers
pays, presque le dernier - et je baisse la voix pour le dire - en Europe occidentale, dont elle a
été si souvent le foyer et le pôle, à abolir la peine de mort.
(…)
Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à
vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais
noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront
tournées.”
Robert Badinter, Garde des Sceaux de François Mitterrand, le 17 septembre 1981, demandant à l’Assemblée nationale d’abolir la peine de mort (Voir l’intégralité de son discours sur le site de l’INA, en deux parties, ici et ici).