Formation incendie, suite
La semaine dernière, j’ai donc fait un peu plus de 1000 bornes (sans compter la traversée Douvres-Calais en ferry) pour aller continuer ma formation incendie.
Au programme : des manoeuvres, des manoeuvres et encore des manoeuvres. On a eu la chance d’être riches en formateurs et en matériel : pour huit stagiaires, quatre formateurs et deux engins incendie (prévus chacun pour quatre sapeurs-pompiers, un conducteur et un chef, ça tombait plutôt bien). On a donc pu faire de belles manoeuvres, en partant avec nos deux camions, en traversant la ville pour se rendre sur nos divers lieux d’exercices, comme pour de véritables interventions.
On a déroulé du tuyau pour alimenter, attaquer le feu, on a fait des sauvetages, et on a aussi largement utilisé l’appareil respiratoire qui sert à progresser dans des locaux à l’atmosphère toxique (fumées notamment, mais pas seulement).
Un petit mot de cet A.R.I (Appareil Respi.ratoire Iso.lant). Il se compose principalement d’une bouteille d’air (6 litres comprimés à 300 bars, soit une vingtaine de minutes d’autonomie sur la base d’une consommation de 90 litres/mn), d’un détendeur haute-pression qui fait passer cette dernière à 7 bars environ, d’un détendeur basse-pression qui la fait passer de 7 bars à un peu plus de 1 bar (pour avoir une légère surpression dans le masque), d’un masque qui s’adapte au casque, et de divers accessoires. L’ensemble pèse environ une quinzaine de kilos.
L’utilisation de cet appareil impose pas mal de contraintes physiologiques. D’abord, le poids. S’il ne pose pas de problème aux plongeurs (à part lors des courtes phases hors de l’eau), il complique le travail des sapeurs-pompiers, puisque l’appareil représente 15 à 20% de poids en plus, et qu’on estime qu’à partir de 10 à 12 kilos, un poids représente une contrainte importante.
L’appareil respiratoire modifie également le schéma corporel. Ca peut paraître banal, mais dans un espace restreint, on est habitué à se mouvoir sans, en général, se cogner aux obstacles parce qu’on connaît son gabarit. Avec une bouteille d’air dans le dos, on pet se cogner en pensant que ça va passer. Il faut s’y habituer.
Viennent ensuite les contraintes sur les capacités du porteur. On se fatigue plus vite, on se meut plus difficilement dans le plan vertical, on a une mobilité du dos et du cou restreinte. On entend moins bien (casque + masque isolent, et le bruit de sa propre respiration gêne aussi), la voix porte moins à cause du masque (une raison de plus pour être moins bien entendu par son équipier). On ne sent plus rien (on ne peut pas, par exemple, sentir une fuite de gaz).
On a aussi très vite chaud (c’est déjà le cas sans masque, avec le veste de feu textile, qui isole de la chaleur extérieure, mais qui retient aussi la chaleur qu’on produit, avec le casque et sa cagoule, et avec les gants, mais c’est encore plus vrai avec le masque en plus).
La respiration est plus difficile, parce qu’il faut faire un effort pour inspirer et pour expirer (alors qu’habituellement, la respiration se fait de façon réflexe et sans effort). Et lorsqu’on expire, tout le CO2 n’est pas évacué à l’extérieur du masque, et à l’inspiration suivante, on inhale une partie du CO2 expiré précédemment. Le mélange inspiré est donc moins pur qu’à l’extérieur et sans masque.
Ces diverses contraintes, ainsi que le stress lié à la progression en milieu hostile, provoquent une élévation du rythme cardiaque, qui provoque à son tour une augmentation du rythme respiratoire.
La semaine dernière, donc, c’était la première fois que je mettais le masque. jusqu’à présent, j’avais manoeuvré avec la bouteille dans le dos et le masque autour du cou. Première expérience, donc. Nous sommes en binômes (comme toujours), et on doit explorer le sous-sol d’un centre de vacances (graaaaand sous-sol, donc). Un premier binôme est parti avant nous, déroulant une ligne-guide derrière lui, mais a dû faire demi-tour. Nous prenons sa suite. Je suis le chef, et je m’amarre à mon équipier avec une liaison personnelle de 1,25 mètres (que je peux allonger jusqu’à 6 mètres si je dois m’éloigner de lui). Lui s’amarre, avec sa propre liaison de 1,25 mètres, à la ligne guide, que je commence à suivre, en progressant accroupi. Précision importante : le sous-sol est dans le noir, je n’ai donc que le toucher pour m’aider à progresser. Et nous avons bien sûr mis notre masque.
La première partie de la progression consiste à suivre la ligne guide. Je la tient entre mes doigts d’une main, et j’ai l’autre main contre le mur, puisque nous suivons le mur que longe la ligne. Quand je rencontre un obstacle, je préviens mon équipier (”Attention, le mur tourne à gauche”, ou “Attention, il y a un extincteur qui sert de point fixe” pour signaler que le binôme précédent a utilisé l’extincteur, situé dans un coin, pour attacher la ligne afin qu’elle reste le long des murs).
Je finis par tomber sur le dérouleur, à l’endroit où les deux pompiers précédents ont fait demi tour. Je la passe à mon équipier, qui va être chargé de la dérouler derrière nous. Et je continue l’exploration, toujours dans l’obscurité. Je tombe sur une porte ouverte, et je signale à mon équipier que je vais explorer la pièce. Il reste sur le pas de la porte, je passe ma liaison à 6 mètres, et je longe le mur par la droite. De l’autre côté de la pièce, je sens une porte. J’attrape la poignée et je tire pour l’ouvrir… et la porte me tombe dessus. J’ai dû lancer un “Putaiiiiiin !” tout en me dégageant. Je me retrouve sur la porte, et, à tâtons, je constate que l’encadrement de la porte est muré… Je dégage ma liaison personnelle, coincée sous la porte (toujours à tâtons), je finis le tour de la pièce et retrouve mon équipier. Et on repart dans le couloir… On visite plusieurs autres pièces, tombant parfois dans des placards en pensant trouver une porte, quand mon talkie-walkie crachote : On nous donne l’ordre de faire demi-tour et de sortir.
Le lendemain, même opération mais, cette fois, dans le vide sanitaire d’un bâtiment. Sol inégal couvert de sable (ça monte, ça descend), hauteur de plafond restreinte (parfois un mètre seulement, on doit progresser à quatre pattes), petits tas de mort aux rats un peu partout, et même un ou deux cadavres de rats.
Le jour suivant, les formateurs décident de rendre le jeu un peu plus amusant. Pour nous montrer à quoi ressemble le port de l’appareil respiratoire quand on fait des efforts physiques, ils nous font courir un bon moment, puis, quand on est bien essouflés, nous mettent le masque. Avant même de le brancher sur la bouteille, c’est assez désagréable, parce qu’avec les résistances inspiratoires et expiratoires, on a l’impression de ne pas réussir à inspirer autant d’air que nécessaire (ce qui n’est pas qu’une impression), et puisqu’on réinhale du CO2 de l’expiration précédente, on met plus de temps à retrouverun rythme cardiaque normal. Il faut lutter contre l’envie de virer le masque pour respirer à son aise ! On branche la bouteille, et les formateurs nous mettent à chacun un sac poubelle noir sur la tête. On attrape d’une main la bouteille de celui qui est devant nous, et on descend tous dans le sous sol, à l’aveuglette, à la queue leu leu. On se balade un peu dans le grand sous-sol (qui est dans le noir), puis on est placés dans une grande pièce, où on doit répondre, du tac au tac, à des questions théoriques. Puis chacun de nous est conduit par un formateur dans une pièce et doit tourner sept fois sur lui-même.
“Maintenant, vous devez tous vous retrouver, et une fois que ce sera fait, retrouver la sortie !” Je commence à explorer ma pièce, et je tombe assez rapidement sur un autre gars. On s’attache l’un à l’autre avec une liaison, et on part à la recherche des autres. Qu’on retrouve assez vite aussi. On se compte : on n’est que 7. Les formateurs demandent si on est sûrs. On recompte. Il en manque encore. Après plusieurs décomptes, on finit par réaliser qu’on est tous là… On part donc à la recherche de la sortie. Je suis le dernier de la file, et je finis par glisser à celui qui est devant moi “C’est pas normal, je suis le dernier, et je sens une présence derrière moi… On a réveillé le monstre de la cave !!!” En fait, je me marre bien, parce qu’à l’avant, ils ne sont pas d’accord sur la route à suivre, que ça gueule dans tous les sens, et que personne ne se comprend. C’est un peu le bordel… Il faut quand même trouver la sortie avant de manquer d’air ! Ce qui sera fait, puisque je suis là pour raconter !
(La suite une autre fois)





xiii.net






