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Petit week-end à l'île d'Yeu
19-20 janvier 2002
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Samedi, 8h, debout ! En région parisienne, le plafond de nuages est très bas. C'est pas grave, on n'a pas l'avion avant midi. Je m'inquiète de mes passagers, qui se réveillent les uns après les autres. 11h30, nous voici à Lognes.
Nous avons beaucoup de bagages et nous sommes 4. Bah, le Régent embarque pas mal. Un instructeur nous regarde d'un air sceptique : "Au pif, je dirais que vous dépassez la masse max". Nous passons tous sur la balance, avec les bagages dans les mains et sans.
Je fais le calcul de "poids et balance", comme dirait Jeff "Let us snow" Buc. 1122 kilos pour une masse max de 1100. Heu... C'est bizarre, de tête j'avais calculé moins ! Ha, si dans la case "réservoir central" je mettais 112 (kilos) et non 160 (litres), ça serait mieux. Et ça passe sans problème, pour le centrage aussi.
L'avion est chargé, la prévol est effectuée, tout est prêt... sauf le temps. Ca passe sans doute, mais on n'est pas pressés et on va attendre un peu, le plafond montant lentement. Départ à 13h, avec une petite heure de retard sur l'horaire prévu.
Ca secoue un peu, mais le plafond est tout bon, et la visi est excellente. On monte petit à petit en s'éloignant de Paris. Le ciel est tout bleu au dessus des nuages, on voit le soleil, et il y a de plus en plus de gros trous, c'est tentant. On grimpe, et le Régent monte à 1700 pieds/mn malgré 4 personnes à bord, 40 kilos de bagages, et pas mal d'essence.
Le niveau 65 sera un peu juste, on s'arrête donc au 85. Nantes Info signale à un IFR un VFR "à vos midi à 15 nautiques". Merde, on a un Airbus au cul ! :-) Il nous a au TCAS, a priori il ne devrait pas nous rouler dessus. Mais on ne le verra pas...
On se pose à Saint-Nazaire, après s'être poussés pour laisser passer un Airbus (un Beluga, qui transport des trançons d'Airbus) qui se pose avant nous. On retrouve Eric et ses passagers, on discute un peu, et on repart. Escale à la Baule pour regfaire le plein, et cap sur l'île d'Yeu
Une directe La Baule-Yeu nous ferait survoler 40 nautiques d'eau, et je ne suis pas chaud. On vise donc la pointe de Saint-Gildas pour traverser l'estuaire de la Loire, puis Noirmoutier pour passer la baie de Bourgneuf. Nous voilà au niveau 65, on va pouvoir foncer direct sur Yeu à présent.
C'est bon, on voit l'île et on commence notre descente. Personne ne répond à la radio, c'est pas bien grave. Verticale du terrain à 3500 pieds. Grand tour de l'île par la pointe du But, Port Joinville, et la pointe des corbeaux.
Aux deux extrémités de l'île, les vagues se fracassent contre les rochers, soulevant de gros paquets d'écume. C'est un spectacle de toute beauté et on est bien contents d'être là... Par contre, je ne vois plus la piste. Bon, je sais bien où est l'aérodrome, alors on va aller par là bas.
Tiens, ne serait pas le vieux château là bas ? Sisi... Ca tombe bien, il est dans l'axe de la piste, on va donc passer pile poil dessus. On vise le grand phare, et voilà la piste. Le vent est plein travers, mais on se pose sans problème. On va se garer à côté du DR400-120 d'Eric, qui s'ennuyait tout seul sur le parking.
"Je ne m'attendais pas à avoir autant de trafic aujourd'hui" me dit l'agent AFIS, qui a déménagé son bureau depuis la dernière fois, pour cause de travaux. Et encore, l'arrivée du 172 d'Anne-Céline et d'Emmanuel va provoquer une hausse de 50% du trafic actuel !
Justement, monsieur l'AFIS, vous ne voudriez pas demander sur la fréquence si ya quelqu'un en approche ? J'ai entendu Anne-Céline faire le transit sud de Nantes alors que je passais Noirmoutier, ils ne devrait donc plus tarder !
Et en effet, ils s'annoncent en vue de l'île. Le 172 fait une verticale, s'intègre sagement en vent arrière 33, et fait une finale en piqué pour viser le seuil. Trois avions-colibri sur le parking, c'est bel et bien un rascol !
Eric doit repartir rapidement avant la nuit. Pendant qu'on débarque les bagages de l'avion, l'AFIS me fait de grands signes de loin, et me crie "1 2 3 4 5 !" Heu, oui, il sait compter ce gentil monsieur, mais encore ? Haaa, la fréquence ? "Des amis à vous" entends-je malgré le bruit du vent et des vagues.
On va donc utiliser la petite AR108 pour écouter 123.45. Chouette alors, c'est Yvan qui fait un coucou au rascol depuis son Embraer au niveau 180 ! Ca c'est super sympa ! Après le 767 d'Air Canada fin décembre, ça fait deux fois en moins d'un mois que j'entends un liner nous parler sur 123.45, et cette fois c'est un colibri !
Le taxi nous emmène vers notre lieu de villégiature, où nous allumons le chauffage pour réchauffer la maison en attendant les vélos qu'on vient nous livrer à domicile. Puis cap sur Port Joinville, où nous commençons par une étape à l'incontournable bar de l'Escadrille.
C'est toujours un plaisir de boite un verre dans ce bar dont les murs sont couverts de photos et dessins d'artistes d'avions et d'hélicos. Les chanteurs occupent la scène, et les colibris se marrent bien à chanter en choeur...
On reprend les vélos pour aller dîner dans un petit resto à la sortie de Port Joinville. Repas très sympa au cours duquel se succèdent les récits. C'est tout le charme des rascols, que de partager ensemble tous ces souvenirs aéro...
Après le repas, deux colibris veulent mettre le cap sur les lits, les autres vers le port. Problème, je suis le seul à connaître le chemin pour rentrer. Et zut, ça va faire des kilomètres en plus. Antoine accepte gentiment de m'accompagner. On dépose les marmottes, et on repart vers Port Joinville.
Deux colibris font les petits joueurs en prenant un chocolat, les deux autres carburent au whisky coca. Les chanteurs avaient pris leur pause tout à l'heure quand nous avons quitté le bar pour aller dîner, mais ils ont repris leur poste depuis. L'ambiance est là et White entame un pas de danse... :-)
Minuit, retour à la maison, où l'on tente avec plus ou moins de succès d'allumer un feu dans la cheminée en regardant les photos du jour... Vers 2 heures, dodo, demain il ne faut pas se lever trop tard pour profiter pleinement de ce court séjour sur Yeu.
Dimanche, petit déjeuner colibriesque. Jamais en manque d'expériences culinaires, Emmanuel fait découvrir à Antoine le croissant au fromage et au bacon. Après une rapide toilette, on enfourche à nouveau les vélos pour rouler à bonne allure vers la pointe des Corbeaux.
L'île est déserte, on n'y croise que les Islais et quelques rares continentaux en week-end. C'est d'autant plus agréable et dépaysants pour les franciliens que nous sommes. A la pointe des Corbeaux, on gare les vélos et on progresse vers la pointe de rocher en rocher.
Le vent souffle bien et les vagues se fracassent sur les rochers. C'est aussi joli que vu d'avion hier, les embruns en plus... On mitraille pour immortaliser les paquets d'écume qui s'élèvent au dessus de la pointe au gré des vagues, puis on retourne aux vélos.
Poursuite de la balade à travers bois et petits groupes de maisons blanches aux toits de tuiles et aux volets bleus. J'ai beau ne plus compter mes séjours à Yeu (même si c'est la deuxième fois seulement que je m'y rends en avion, et la première fois en CdB), je ne m'en lasse pas...
Puis il est temps de remettre le cap sur Port Joinville pour les derniers tours de pédalier avant de rendre les vélos au loueur. On s'achète des sandwichs pour ne pas perdre de temps, la nuit va arriver vite et on veut partir avec une confortable marge.
Eric nous a fait par téléphone un briefing météo, complété et mis à jour par un coup de téléphone au prévisionniste météo France de Nantes. Le Régent décolle, suivi du Cessna. Je monte au niveau 35, n'ayant pas envie de tester les gilets en cas de problème moteur. Cette fois, on traverse au plus court.
La couche se soude en dessous, on appelle donc Nantes pour indiquer qu'on descend. ce n'est qu'à 1200 pieds qu'on passe sous les nuages. Le 172 file vers l'aéroport où il doit ravitailler, tandis qu'on file droit vers la région parisienne. Le plafond remonte rapidement au fil des kilomètres.
Les trois quarts du trajet se feront à environ 2000 pieds, pas de souci avec le plafond donc, et la visi est excellente. Ca secoue parfois un peu, mais c'est très supportable.
La vitesse indiquée est de 230 à 240 kilomètres à l'heure, mais le GPS nous indique à plusieurs reprise une vitesse sol de... 170 kts ! Près de 315 km/h quand même... On a le vent dans le cul, et il souffle bien !
Le voyage retour sera donc rapide : 1h45 bloc-bloc pour retourner à Lognes. Ce n'est pas mal du tout pour faire près de 450 kilomètres...
On descend un peu à l'approche de Paris, et de toutes façons, le plafond descend. A 3 minutes de Lognes, on n'est plus qu'à 1100 pieds QNH, sous la pluie. Mais les avions continuent de décoller... Verticale, vent arrière, et atterrissage en 26.
Bilan, 5h30 de vol en deux jours. Un week-end court, mais tellement dépaysant qu'on ne regrette pas d'avoir fait le voyage. Et à peine rentrés, on a deux envies : refaire un rascol et retourner à Yeu...
Pour paraphraser un pilote-journaliste : on est toujours un peu tristes de quitter l'île d'Yeu, mais on a une consolation de taille : on sait déjà qu'on y reviendra.
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